lundi, juillet 31, 2006

Perdre


Perdre et me perdre.
Je veux.
Redevenir ce que je suis.
La vie en société c'est bien, mais de toute façon j'ai pas le temps, pas la place...
Même si l'envie est là...
Je vais me vider.
Disparaître.
Déjà 10 kilos d'envolés depuis deux mois.
Raisonnable.
Pas le moral.
Sauf la nuit.
La nuit tout disparaît, je peux enfin vivre.
Juste être là.
La tristesse s'envole, les prises de tête n'ont plus lieu d'être.
Et je peux oublier un peu...

Les anorexiques sont des morts-vivants.
Plus d'envies, plus de désir. Tout est mort en elles, en eux.
Tout sauf la volonté consciente de maigrir, descendre encore plus. À l'aveuglette, aveuglément...
Les anorexiques parlent tout doucement, lentement et bas.
Elles parlents comme les escargots se déplacent.
Et puis parfois ça monte, ça crie, ça hurle et ça pleure.
Ca c'est au début.
Après, on s'y fait. On ne souffre plus. Les autres souffrent, ils sont morts de peur.
Les anorexiques sont très sereines par rapport à leur santé, pas d'angoisse, la mort ne peut plus les atteindre.
Plus rien ne les touche.
Sauf peut-être leur propre douleur.
Beaucoup d'auto-apitoyement.
Ridicule. Pathétique.
Je ne serai plus une anorexique comme ça.
Je veux être mieux.
J'ai compris maintenant. Je sais.
Je sais que les médecins ne peuvent pas soigner quelqu'un sans sa participation active.
Je sais qu'ils ne pourront rien contre quelqu'un qui va les voir régulièrement, qui se laisse peser, mesurer, questionner, qui fait tout bien comme il faut sauf une seule chose: manger.
Même plus besoin de mentir. Juste de dire la vérité.
"Je ne veux pas guérir. Je me trouve bien comme je suis. Je viens vous voir parce qu'il faut se faire soigner. Alors allez-y, je suis à vous. Mais, mais si vous voulez me soigner c'est pour que je puisse vivre, je vis déjà, donc soigner moi si ça vous chante, mais moi, il n'est pas question que j'arrête ma vie pour vous. Quand pour moi, je penserai que c'est nécessaire je le ferai mais pas avant."
On ne peut rien contre quelqu'un qui ne mange plus.
On peut lui mettre des perfusions: les perfusions ça s'arrache très facilement.
On peut lui mettre une sonde: ça se retire, et la pompe ça se débranche, ça s'éteint.
On peut l'attacher, mais à quoi bon maintenir en vie quelqu'un qu'on empêche de vivre.
J'arriverai à cela.
Pour moi. Et puis aussi (un peu) pour les autres.
Pour qu'enfin on change le traitement des anorexiques.
Pour qu'on ne voit plus d'infirmières débiles faire la morale à une anorexique qui ne bouffe pas ses quatre feuilles de salades.
Ne pas vouloir manger est un droit.
Il faut que les gens acceptent la mort. Parce que c'est ça qu'il y a derrière tout ce traitement qu'on fait subir aux anorexiques: la trouille qui les tient au ventre de voir quelqu'un défier la mort, au point même de la nier.
Les anorexiques ne meurt pas de faim.
Elles meurent de leurs parents, de leurs frères, de leurs soeurs, de leurs cousins, de tout ce qui les sépare, et qui pourtant est si peu, une simple apparence, une enveloppe vide, c'est tout ce qu'il leur faut pour mourir de peur et fuir ou rester planter là les yeux ronds comme des billes, muets comme des carpes, ridicules...
Les anorexiques meurent de solitude, meurent de s'être enfermée pendant trop longtemps et d'avoir étouffer tout au fond de leur carcasse, terrée.
Elles meurent de tristesse, d'espoirs impossibles, de leur vie gâchée par elle, mais aussi par ceux qui parfois les ont enfermées pensant bien faire et par cela les ont condamnées à garder à vie la peur au ventre et la vie enterrée, tout au fond. Trop loin.
Et puis certaines meurent d'un rhume, d'une gastro, d'une petite saloperie qui passait par là et qui en a profité pour les achever...
Mais toutes pensent ne jamais mourir. En tout cas pas maintenant.
Parce qu'on se sent bien en vie, bien vivante quand on est maigre pourtant à en mourir.
Enfin peut-être pas à la fin fin, je ne sais pas...

Attention
Je sais que je ne devrais pas publier ces conneries. Ne prennez pas ça au pied de la lettre. Considérez ça comme une théorie, et dites moi ce que vous pensez de ce que j'ai dans la tête si le coeur vous en dit...

2 Comments:

Blogger foto.service said...

je pense que tu es libre de faire ce que tu pense mais la vie es belle accroche toi tu va pas regretter.

29/9/07 07:01  
Anonymous Jisabelle said...

J'ai 34 ans et je pense fort comme toi, on ne peut pas me forcer à manger, on ne peut pas me forcer à grossir, on est libre de choisir de vivre ou de partir, ma tête me dit j'en ai pas je veux partir tout oublier et je refuse de manger je ne mange rien. j'en suis consciente , je sais vers ou je part je sis que dans deux mois je serait peut un squelette sur pieds mais c'est mon choix, c'est ma façon de me battre, ma façon de dire j'en peut plus. je te comprend tellement bien.

22/8/08 07:39  

Enregistrer un commentaire

<< Home